Les couples heureux

Jérôme Guay, psychologue

Un des thérapeutes conjugaux les plus importants en Amérique, qui a une grande influence sur ses collègues, est aussi un chercheur. Il a passé 30 ans à observer des centaines de couples en action pour les étudier; et les résultats qu’il a obtenus lui permettent de prédire (à 91%) si les couples vont survivre ou non. Il se nomme Gottman et est professeur émérite à l’Université de Washington de même que directeur du Relationship Research Institute.

Mais, comme il le dit lui-même, ses résultats ne sont que descriptifs, car la recherche ne peut mesurer que ce qui est observable au niveau des comportements et des attitudes. Ses résultats n’expliquent pas le pourquoi; il existe sans doute des principes, difficilement mesurables, comme l’amour, la confiance qui pourraient expliquer ces résultats.

Voici les mythes ou fausses croyances que ses recherches ont mis en évidence

Les ruptures de couples ne sont pas causées par :

  • Des difficultés de communication; la majorité des couples savent très bien communiquer entre eux; mais lorsqu’ils sont en colère, ils ne sont pas capables de bien écouter et communiquer.
  • Les névroses de l’un des conjoints; c’est la façon dont l’autre conjoint réagit à ces névroses qui va déterminer la survie du couple.
  • Les différences de tempérament, d’intérêts et de valeurs ne sont pas la cause des ruptures.
  • Les aventures extra maritales; l’infidélité n’est pas non plus la cause majeure des ruptures. Ce sont les efforts consacrés à rebâtir le couple qui expliquent la durée du couple.
  • La fréquence des disputes; les couples heureux et malheureux ont autant de disputes à propos des mêmes sujets.
  • L’évitement des conflits; les couples de longue durée ont tous les styles : soit éviter les conflits, soit se disputer, soit se vider le sac à mesure; ça n’a pas d’importance, ce qui compte c’est que ça convienne aux deux.
  • L’absence de réciprocité; il n’est pas nécessaire de redonner autant que l’on reçoit. On donne, non pas parce qu’on se sent en dette, mais parce qu’on aime l’autre et qu’on a envie de le faire.

Ce qui caractérise les couples heureux, c’est comment ils réussissent à naviguer à travers ces difficultés et conserver leur union stable et heureuse; autant les hommes que les femmes disent que, ce qui explique la durée de leur couple, c’est la qualité de leur amitié. C’est une amitié profonde basée sur le respect et le plaisir à être ensemble, en voici les caractéristiques, illustrées par la Maison du bonheur des couples :

La maison du bonheur

1- Le premier niveau.

Le premier niveau, qui constitue la base de la fondation de la maison, est être familier avec le monde intime de l’autre. Chez les couples de longue durée, on constate que chacun des deux conjoints connaît très bien les joies, les intérêts, les stress, les peurs, les espoirs, les aspirations de l’autre. Ils connaissent et se souviennent des évènements majeurs dans la vie de l’autre. Cette connaissance sur le monde de l’autre aide à passer à travers les difficultés liées aux cycles de vie, comme la naissance d’un enfant.
À l’inverse, les couples qui ne durent pas n’ont pas cette connaissance du monde intime de l’autre, son histoire, ses petits goûts.

2- Le deuxième niveau.

Le deuxième niveau est le fait que chacun nourrit l’admiration et la tendresse envers l’autre. Il y a un état d’esprit dans le couple qui se centre sur les choses à admirer et à apprécier plutôt que sur les manques. Ils empêchent que le négatif prenne le dessus lors de disputes, ils s’arrêtent avant d’être entraînés dans une escalade. En conséquence, chez les couples heureux on accepte de se laisser influencer par l’autre; on ne recherche pas à avoir le dernier mot.

Si la tendresse et l’admiration ont disparu, c’est très mauvais signe pour le couple. Chez les couples malheureux, il y a des critiques, des attaques et surtout du mépris lors de disputes. L’admiration et la tendresse sont des antidotes au mépris.

3- Les couples heureux.

Les couples heureux ne se caractérisent pas par la passion, comme dans les films hollywoodiens, mais par des petits moments où ils connectent, les choses qu’ils font ensemble, les placotages, le fait de s’informer de la journée de l’autre. En somme le troisième niveau est qu’ils se tournent l’un vers l’autre, au lieu de s’éloigner, pour les petits moments de la vie. «Comment a été ta journée ?». Ils expriment leur tendresse au travers de petits gestes quotidiens de conversations banales.

Il n’y a pas cette attention partagée sur les petites choses dans les mariages qui ne durent pas. Un des conjoints ne remarque pas et ne répond pas aux demandes d’attention de la part de l’autre.

4- Une perspective positive :

Les deux conjoints maintiennent une perspective positive malgré les désaccords et disputes qui font partie intégrante de la vie de couple. La recherche a mis en évidence que, lors des désaccords, il y a cinq fois plus d’échanges positifs que d’échanges négatifs. Lorsqu’un des deux conjoints est négatif, l’autre ne le « prend pas personnel » et pense plutôt que c’est un signe qu’il est stressé. Le conjoint n’est pas un adversaire, mais un ami, dont les comportements sont parfois agaçants.

Ces quatre éléments fondamentaux constituent une sorte de fondation positive que Gottman compare à un compte en banque.
Chez les couples malheureux, un des conjoints faits constamment des récriminations en ressassant les souvenirs passés négatifs; c’est un des signes qui prédisent une rupture éventuelle. Plus les éléments négatifs s’accumulent plus il devient difficile de sortir des conflits.

Par contre, plus il y a des éléments positifs, plus ça fournit une base qui facilite la gestion des conflits. C’est pourquoi il est important de faire la paix avec le passé négatif de telle sorte que le mariage soit un havre de paix où il est possible de trouver des moments pour dé-stresser.

5- Gérer les conflits.

La majorité des conflits (70%) ne sont pas solutionnables, à cause des profondes différences de personnalité. Ce sont ces différences qui ont attiré les conjoints l’un vers l’autre au début de la relation, mais qui peuvent rendre la vie insupportable quand la situation se détériore. On ne doit donc pas chercher à résoudre le problème, mais tenter de passer de l’impasse au dialogue; étant donné que ce type de problème va être perpétuel, il faut d’abord pouvoir en parler sans se blesser et surtout apprendre à vivre avec.

Voici comment les couples heureux gèrent leurs conflits :

  • Ils commencent les disputes en douceur, ils ne débutent pas par l’attaque, ou en critiquant l’autre.
  • Ils profitent des portes ouvertes pour la réconciliation.
  • Ils prennent soin d’eux-mêmes et de leur conjoint.
  • Ils font des compromis.
  • Ils sont tolérants des faiblesses de l’autre.

Voici les caractéristiques des problèmes chroniques, qui maintiennent dans une impasse perpétuelle, les couples malheureux :

  • Le conflit fait se sentir rejeté par le(la)conjoint(e).
  • Malgré qu’ils continuent à en parler, ils ne font aucun progrès.
  • Les deux sont campés dans leurs positions et ne veulent pas céder.
  • Plus ils en discutent, plus ils se sentent frustrés(es) et blessés(es).
  • Il y a une absence d’humour ou d’affection dans les discussions.
  • Les deux deviennent de plus en plus campés avec le temps et se rabaissent l’un l’autre dans les discussions.
  • De se faire ainsi rabaisser les rend encore plus ancrés dans leurs positions et polarisés, plus extrêmes dans leurs points de vue et encore moins désireux de faire des compromis.
  • Ils se désengagent émotionnellement.

Si cela correspond à votre situation, il est temps de consulter; référez-vous au texte offert en ligne « Les conflits conjugaux ».

La capacité de bien gérer les conflits permet de 6- Réaliser ses rêves. Les couples qui survivent sont ceux où chacun aide l’autre à réaliser son rêve et qui ont su 7- Créer une vision commune; partager la même mission et les mêmes buts.

Gottman, J.M. (2011) « The science of trust : emotional attunement for couples” Norton New York

Gottman J.M. (1999) « The seven principles for making marriage work » Crown : New York

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À propos de l’auteur: Jérôme Guay, Ph.D., est psychologue au CCPE et offre des services de psychothérapie

1 réflexion au sujet de “Les couples heureux”

  1. bonjour

    votre article est réellement intéressant!
    je suis étudiante en quatrième année de psychologie, et j’ai pu voir dans un de mes cours que la relation conjugale dépend aussi fortement de la capacité du sujet à créer une intimité avec une autre personne sans craindre de perdre une partie de soi.
    Cette capacité serait influencée par le style d’attachement que le sujet a eu durant son enfance. Un enfant qui a eu un attachement secure a plus de chances de développer une capacité d’intimité avec son partenaire qu’un enfant ayant subi un attachement insecure. Etes vous en accord avec cette théorie?

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