Évaluation et traitement psychologique de l’insomnie

Rosemarie Perrault, psychologue, précédemment au CCPE

Qu’est-ce que l’insomnie ?

L’insomnie se définit comme un trouble du sommeil affectant la quantité ou la qualité du sommeil et se manifestant par une difficulté à s’endormir ou à maintenir l’état de sommeil, soit en raison d’éveils fréquents durant la nuit, ou en raison d’un éveil matinal trop hâtif avec incapacité de se rendormir. Pour recevoir un diagnostic d’insomnie, un individu doit présenter ces perturbations du sommeil au moins trois nuits par semaine, depuis au moins trois mois, et en ressentir une détresse marquée ou des effets néfastes sur sa vie sociale, professionnelle, académique ou sur son comportement. Il s’agit en outre d’un trouble du sommeil commun, qui touchera de 10-20 % des gens à un moment ou à un autre de leur vie, et deviendrait chronique dans environ 50% des cas.

Les conséquences de l’insomnie

Qui a déjà connu les effets adverses du manque de sommeil comprend rapidement qu’il s’agit là d’un besoin primordial à notre équilibre physique et psychologique : fatigue diurne, moins bonne performance à l’école ou au travail, maladresse physique, inattention, anxiété, irritabilité, déprime, etc. Pour les individus souffrant d’insomnie chronique, ces éléments font parfois partie de leur quotidien depuis des mois ou des années. S’ajoutent alors parfois la peur de ne jamais retrouver un sommeil satisfaisant, un risque accru de dépression, une somnolence diurne pouvant rendre plus risquée la conduite automobile, etc.

Insomnie aiguë et insomnie chronique

Les évènements stressants de la vie (période d’examens, séparation, deuil, etc.) s’accompagnent fréquemment de perturbations du sommeil à court terme (quelques jours à quelques semaines), qui se résorberont généralement. Toutefois, lorsque le sommeil demeure perturbé durant des mois, voire des années, on parle d’insomnie chronique.

L’insomnie est un trouble complexe, pouvant être associé à plusieurs causes (médicales, psychologiques, environnementales). Toutefois, dans plusieurs cas, l’insomnie chronique est sous-tendue ou empirée par les préoccupations excessives sur la perte de sommeil initiale, ainsi que par certaines stratégies mises en place à la base pour compenser le manque de sommeil : faire des siestes pendant le jour ou prendre plusieurs cafés pour tenter de se réveiller, consommer de l’alcool en soirée pour favoriser l’endormissement, etc.

Qu’en est-il des somnifères ?

Si certaines classes de médicaments sont reconnues comme moyen efficace de traiter l’insomnie, il reste néanmoins qu’un tel traitement est préférable sur une courte période de temps, pour traiter des cas d’insomnie aiguë. Ainsi, outre les effets secondaires indésirables que peuvent comporter ces médicaments, les somnifères sont surtout connus pour améliorer la durée du sommeil (moins de temps nécessaire à l’endormissement, plus de temps passé endormi), plutôt que la qualité du sommeil.

Aussi, plusieurs experts s’entendent actuellement pour dire que dans les cas d’insomnie chronique, une psychothérapie de type cognitivo–comportementale s’avère un choix efficace, moins couteux que les somnifères, et permettant d’éviter les effets secondaires négatifs de ces derniers. *

L’approche cognitivo-comportementale du traitement de l’insomnie

Une psychothérapie pour l’insomnie débute avec une évaluation exhaustive de la problématique de sommeil (type d’insomnie, degré de sévérité, etc.), des facteurs contributifs (environnement ou habitudes de sommeil inadéquats, stresseurs ou conditions psychologiques associées, etc.) et de l’impact de l’insomnie sur le quotidien de l’individu. Celui-ci devient dès lors un acteur clé dans le processus, qui apprend à observer et qualifier son sommeil, notamment à l’aide d’agendas du sommeil complétés à la maison. Une fois l’information nécessaire réunie, le travail sur l’hygiène du sommeil et sur les pensées et comportements pouvant contribuer à maintenir l’insomnie commence. Au fil de ce processus, l’individu remplit périodiquement des agendas du sommeil, ce qui permet de constater l’évolution de la quantité et de la qualité de son sommeil. Le traitement dure habituellement entre 4 et 8 séances.

Bien que ce type de thérapie ne permette pas nécessairement d’atteindre un sommeil « parfait », le client qui l’entreprend retrouve généralement un sentiment de contrôle et une plus grande satisfaction face à son sommeil.

Un suivi pour l’insomnie peut être entrepris de manière concomitante avec le suivi d’une autre problématique avec l’accord de l’autre psychothérapeute.

Lectures et visionnements suggérés:

http://sante.canoe.ca/condition_info_details.asp?disease_id=77

http://pilule.telequebec.tv/occurrence.aspx?id=653

http://www.nouvelles.umontreal.ca/recherche/sciences-de-la-sante/20140217-la-psychotherapie-est-plus-profitable-que-les-somniferes.html

Vaincre les ennemis du sommeil, Charles. M. Morin, Les Éditions de l’homme, 2009.

Buysse, D.J. (2013) Insomnia, Journal of the American Medical Association. 309 (7) :706-716.

American Psychiatric Association (2013) DSM-5 : diagnostic and statistical manual of mental disorders, 5e édition, Washington D.C. American Psychiatric Association

* Si vous souhaitez arrêter la prise de somnifères, il est fortement suggéré de le faire avec un suivi de votre médecin, qui peut vous conseiller et vous accompagner dans la diminution progressive des dosages.

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À propos de l’auteure: Rosemarie Perrault, Ph.D., a été psychologue au CCPE de 2014 à 2016.

Caroline Desrosiers, Ph.D., offre des services de suivi de psychothérapie y compris pour des problèmes d’insomnie.

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Une réponse à Évaluation et traitement psychologique de l’insomnie

  1. camille 7 novembre 2016 à 11 h 59 #

    Très bon article qui pointe l’importance de tenter d’autres moyens que les somnifères.

    Un autre petit article qui va également dans ce sens:

    http://pilule.telequebec.tv/occurrence.aspx?id=653

    Mais la prescription de somnifère est-elle toujours accompagnée d’une prise en charge thérapeutique?

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