L’engagement paternel en période Post-Partum : Pourquoi le favoriser ?

Camille Marchand, ancienne stagiaire au CCPE

Définition de l’engagement paternel

Qu’est-ce que l’engagement parental ?  L’engagement parental  représente les attitudes et les comportements du parent en faveur du bien-être et du développement de l’enfant. Il est composé selon trois dimensions: l’interaction, l’accessibilité et la responsabilité (S. Jutras, 2016). L’interaction se définit par le fait de participer à des activités conjointes avec l’enfant. L’accessibilité est la disponibilité immédiate du parent pour répondre aux demandes de l’enfant même lorsqu’il n’est pas en train d’interagir avec l’enfant. La responsabilité est la manière dont le parent accomplit les tâches nécessaires au bien-être de l’enfant, sans nécessairement interagir avec lui.  Un père engagé serait donc un père répondant à ces trois dimensions. Cependant, il n’existe pas de définition consensuelle  du « bon père », du père engagé. Cette définition varie selon les époques et selon le contexte socioculturel.

Les études démontrent l’importance d’un engagement paternel précoce à travers le holding (fait de tenir l’enfant, de le bercer, de le soutenir en lui prodiguant des soins)  et  le contact peau à peau. Plus l’engagement paternel est précoce, plus il perdure sur le long terme. Autrement dit, le holding et les soins précoces donnés au nourrisson permettent de créer une proximité physique, d’augmenter les interactions parents-bébé et de développer les liens d’attachement, de sécurité et d’amour. De même, à travers leur étude, De Montigny (2005),  prouve que les expériences postnatales diminuent l’anxiété liée au fait de s’occuper de son enfant et augmente la croyance en ses propres capacités parentales. Ce qui permet à terme d’avoir un père impliqué tout au long de la vie de l’enfant.

Une nouvelle définition de la paternité

De récentes études soulignent l’émergence d’une nouvelle génération de pères et l’accroissement de l’engagement paternel.  Mais il aura fallu attendre les années 90 pour que les pères soient reconnus aussi compétents que les mères dans leur habileté à prodiguer des soins à leur enfant.

Entre 1870 et 1970, le père a été tour à tour : guide moral, soutien instrumental et enfin nourricier, c’est-à-dire celui qui prend en charge les activités et les soins de l’enfant. Aujourd’hui, ces trois définitions se croisent et varient selon le contexte.

Actuellement, un nouveau concept se développe en psychologie du développement : le « caregiver ». Le cargiving se définit par un ensemble d’attitudes mentales et comportementales permettant de maintenir la proximité physique et psychologique entre l’enfant et le parent afin de répondre aux besoins du bébé. À travers ce concept, la division des tâches parentales ne se fait plus selon la différence des sexes.

De récentes études vont plus loin et montrent l’émergence d’une nouvelle génération de pères. Dans les années 70-80, une recherche prouve que les mères savent identifier leur nourrisson juste en écoutant  leurs pleurs. En 2013, N. Matevon (2013) reproduit cette étude avec un échantillon de pères. Ses résultats démontrent que les pères reconnaissent autant que les mères leur nourrisson à partir de ses pleurs (90%). Le facteur essentiel pour développer cette capacité est le temps que le père passe avec son bébé : les pères passant peu de temps avec leur bébé reconnaissent moins les pleurs de leur enfant que ceux passant beaucoup de temps avec leur bébé. Dans le même courant d’idées, le psychiatre S.Faise (2015) développe la théorie selon laquelle l’instinct maternel est remplacé par l’instinct parental. En effet, des changements physiologiques vécus par la mère en contact avec le bébé se retrouvent également chez les jeunes pères : diminution du taux de testostérone (hormone de l’agressivité) et augmentation du taux d’ocytocine (hormone de l’attachement).

Bénéfices de l’engagement paternel

L’engagement paternel favorise le développement et le bien-être de l’enfant tant psychologique que physique.

Brièvement, l’engagement paternel favorise chez l’enfant : le développement des compétences cognitives, la maturité sociale à partir de six ans, le développement des compétences sociales, une bonne estime de soi, une vision moins stéréotypée des rôles sexués, le développement d’un lieu de contrôle interne, une meilleure réussite scolaire et une grande empathie.

Le bénéfice de l’engagement paternel ne s’arrête pas au développement de l’enfant, mais s’étend au bien-être de la mère. Le partage des tâches parentales diminue le stress lié à la parentalité et  améliore la satisfaction conjugale. Ainsi, le bien-être psychologique de la mère et ses capacités parentales en sont favorisés (Jutras, 2016).

Les variables influençant l’engagement paternel

En 1986, le chercheur Lamb s’intéresse déjà aux facteurs influençant la motivation de l’homme à s’engager dans son rôle paternel (Lamb, 1986) :

  • La perception individuelle de la compatibilité entre virilité et paternité.
  • La perception de ses habiletés parentales : le sentiment d’incompétence peut engendrer une diminution de la motivation à s’engager dans son rôle de père.
  • Le soutien conjugal : un homme serait plus motivé à s’engager dans son rôle de père s’il se sent soutenu par sa conjointe et s’il a l’impression que la mère lui laisse une place auprès de l’enfant.
  • Les pratiques institutionnelles : en effet, les politiques familiales favorisent ou défavorisent l’engagement paternel. Par exemple, la conciliation travail – famille au Québec favorise l’engagement paternel en offrant, depuis 2006, la possibilité de profiter de cinq semaines de congés paternité. Le taux de pères québécois prenant un congé parental est passé de 27.8% en 2005 à 83% en 2013 (Statistiques Canada).

De même, les pratiques institutionnelles en périnatalité influencent l’engagement paternel. À ce sujet, I. Capini (2015) mesure le vécu de l’arrivée du bébé chez la mère et chez le père. Majoritairement, les pères de son étude semblent ne pas se sentir aussi compétents que les mères pour prodiguer les premiers soins à leur enfant. Pour autant, la majorité revendique également son envie de développer leur habileté parentale et défend le besoin d’un soutien instrumental au même titre que les mères. Or, ils se sentent exclus du soutien social, particulièrement du soutien de la part des professionnels de la maternité qui ne leur donnent pas d’informations sur les soins du bébé. I. Caponi (2015) conclut sur la nécessité de développer le soutien instrumental donné par les intervenants en périnatalité afin de favoriser l’engagement paternel.

Il existe d’autres modèles, proposant des variables plus individuelles : vécu du lien avec son propre père, valeurs liées à la famille, précarité…etc. Mais les variables influençant l’engagement paternel demandent encore à être étudiées pour favoriser cet engagement.

Conclusion :

Ce rapide détour dans la littérature nous montre l’émergence d’un nouveau concept de la paternité, dans l’idée qu’ils ne sont pas des substituts de la mère, mais qu’ils ont leur propre approche de l’enfant. Cependant, les études psychologiques manquent encore pour connaitre le réel vécu des pères. Or, il est plus qu’important de mieux étudier ce moment de vie afin de mieux adapter les services sociaux et d’offrir aux pères toute la place qui leur manque encore.

Pour finir de petits liens pour étudier la paternité avec humour et pédagogie ;

http://papapositive.fr/

-Bande dessinée : Ma vie de Papa, Monsieur Popcorn. Edition Lapuss’

Références

Cappini I. (2015, juillet). Anxiété paternelle et maternelle postnatale et ses liens avec les di-mensions relationnelles,Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 63(1), 9-16.doi:10.1016/j.neurenf.2014.09.004

Faise, S. (4.02.2015). Comment être un bon père au 3è millénaire

De Montigny, F., Lacharité,C. (2005, décembre). Devenir père: un portrait des premiers mo-ments. Enfance, Famille, Génération, 3, 40-55. Repéré à www.efg.inrs.ca

Deschamps, P., Ottavi, C. (2015). Le sentiment d’efficacité personnelle et l’implication des nou-veaux pères dans leur rôle parental en fonction du type d’allaitement choisi (mémoire de Master 1, Université Jean-Jaurès, Toulouse)

Faise, S. (4.02.2015). Comment être un bon père au 3è millénaire? L’émission spécimen.Dans CQFD. Suisse: Radio Télévision Suisse

De Dubeau, D., Delvault,

Jutras, S. (2016). PSY4403-thème 3: les dynamiques de la famille [présentation power point]. Repéré dans http://www.moodle2.uqam.ca/coursv3/course/view.php?id=4070

Radio Canada (2015). Papa a raison…de prendre congé ! Repéré à  http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/726054/conge-paternite-parental-quebec-canada

_______________________________

À propos de l’auteure : Camille Marchand, stagiaire au CCPE.

, , , ,

Aucun commentaire pour le moment.

Laisser un commentaire