Dépression Post-Partum

Camille Marchand, ancienne stagiaire au CCPE

You’ve got nothing to live for…that’s what it’s like […]it doesn’t create any feeling inside you, it’s just like you’ve died inside » (Petra, 27 ans, mère d’un enfant de 21 mois. Extrait d’entretiens de S.Mauthier N.)

Qu’est-ce que la dépression post-partum ?

La dépression post-partum est une dépression qui peut apparaitre dans l’année qui suit l’accouchement. Selon l’Institut Nationale de santé publique Québec (2011), 10 à 20% des femmes souffrent de dépression post-partum au Québec. Les études récentes montrent que les symptômes de cette dépression sont présents dès la grossesse et pourraient être diagnostiqués précocement pour mieux accompagner la mère.

Pour définir la dépression post-partum, il faut au préalable différencier trois états psychologiques liés à l’arrivée d’un bébé :

-Le baby blues : les symptômes apparaissant un à trois jours après l’accouchement et perdurent une dizaine de jours. La majorité des mères subissent ce « coup de blues ». Elles se sentent irritables, vulnérables, elles ont des sauts d’humeurs et des pleurs fréquents.

-La dépression post-partum : elle peut apparaître durant les six premiers mois post natals et  durer une année entière. Elle est plus intense et dure plus longtemps que le baby blues.  Les symptômes sont les mêmes que dans la dépression majeure: humeur dépressive, tendance à pleurer constamment, épuisement permanent, sentiment de culpabilité, irritabilité envers le bébé, anxiété extrême, changement de l’appétit, perte d’intérêt et de motivation pour toute activité, sentiment de ne pas pouvoir s’en sortir. Dans cette situation, il arrive que la mère éprouve des sentiments négatifs et du désintérêt envers son enfant ce qui peut mener au rejet de l’enfant par la mère.

-Psychose post-partum : la psychose post-partum est extrêmement rare. Différents symptômes apparaissent après l’accouchement : fatigue, désarroi extrême,  hallucinations,  allocution rapide, sentiment de désespoir et de honte et modification de l’humeur.

Quelles sont les causes de la dépression post-partum ?

Il existe plusieurs modèles explicatifs et les recherches actuelles ne proposent aucun consensus.

1. La cause hormonale :

Selon le modèle médical,  la dépression post-partum est causé d’un côté par les fluctuations hormonales durant la grossesse et l’accouchement, et de l’autre côté par des prédispositions psychiatriques  familiales et personnelles. Cependant, plusieurs chercheurs estiment cette explication réductrice.

2. Le manque de soutien social :

Le soutien social est l’échange  d’informations et de ressources émotionnelles et instrumentales entre personnes non professionnelles (amis, famille, pairs). Dans le cas de la dépression post-partum, les recherches ont étudié le soutien social perçu, c’est-à-dire la perception subjective de la quantité et de la qualité de soutien que la personne estime recevoir de son entourage.

En 1991, le chercheur E. Wiffen et ses collaborateurs (1991) demandent à 70 femmes de répondre à des questionnaires sur les symptômes de la dépression. Un premier questionnaire est rempli durant leur grossesse et un deuxième questionnaire est rempli dix jours après l’accouchement. Selon leurs résultats, les femmes développant une dépression post-partum se disent majoritairement insatisfaites de leur vie conjugale et du soutien de leur conjoint. De plus, elles perçoivent négativement le soutien social donné par leurs propres parents.

Dans la même lignée,  Leahy-Warren et ses collaborateurs (2011) ont évalué le support social à 6 et à 12 semaines post-partum de 512 mères écossaises. Leurs résultats montrent que les femmes ayant un faible support social développent plus de dépressions post-partum, plus encore à 12 semaines postnatales. Leur recherche priorise le soutien émotionnel par rapport aux autres soutiens. Les mères auraient besoin de personnes les écoutant, les valorisant dans leur rôle de mère. En effet, à  6 semaines postnatales, les mères avec peu de soutien émotionnel présentent 6 à 7 fois plus de risque de faire une dépression post-partum que les mères estimant avoir un bon soutien émotionnel.

Pour finir avec cette théorie,  Corcoran et ses collègues (2011) montrent que le soutien social influence grandement le développement d’une dépression post-partum. Ils trouvent qu’à six semaines postnatales, 22% des mères estimant avoir un faible soutien social fonctionnel développent une dépression post-partum contre 2% des mères estimant avoir un soutien social fonctionnel.

Pour résumer ce point, les parents sont sujets à de nombreux stress avec l’arrivée du bébé : allaitement,  rythme et pleurs du bébé. Le soutien social, principalement le soutien émotionnel, est primordial pour faire face à ce stress et pour qu’ils se sentent valorisés dans leur rôle de parents. Le soutien informatif est également important, il doit être ouvert et non pas rigide et directif (« il faut allaiter »,  « tu ne devrais pas le prendre tout le temps dans tes bras »).

3. L’image idéalisée de la « bonne mère » et le sentiment de perte d’identité

 Natasha S. Mauthner (1991) propose un modèle qu’elle nomme de « social et féministe ». Sa recherche auprès de jeunes mères anglaises lui permet de trouver plusieurs facteurs psychosociaux.

Son étude dévoile l’influence du décalage entre l’image idéalisée de la bonne mère et la réalité du vécu. Avant d’être mères, les femmes se font leur propre image idéale de ce qu’est une mère, souvent influencée par l’image véhiculée dans la société. Lorsqu’elle devient mère et qu’elle n’arrive pas à correspondre à cet idéal, la mère culpabilise, se perçoit comme une mauvaise mère et elle se met beaucoup de pression pour atteindre l’idéal fantasmé. La culpabilité et le stress favorisent l’apparition d’une dépression post-partum.

De plus, les jeunes mères auraient l’impression de perdre leur identité, leur autonomie et ne plus avoir de temps pour elles-mêmes.  Ce point de vue se retrouve dans l’étude menée par  P.Nicolson (1999). Selon elle, l’impression de perte d’identité, de perte de temps pour soi et l’impression d’isolement social favorise la dépression.

4. La vie conjugale

Nous en avons déjà un peu parlé dans le deuxième point. En effet, les études menées sur le soutien social soulignent que le soutien du conjoint est le soutien le plus important pour les nouvelles mères. Mais, dans l’étude de E. Wiffen et ses collaborateurs (1991), 25% des mères participant à leur étude perçoivent des changements négatifs dans leur couple, estiment le soutien du conjoint inadéquat et jugent le conjoint perdu face à son rôle de père. Cependant, l’étude date des années 90, l’implication du père dans les tâches parentales a évolué.

Pour aller plus loin, la société Canadienne de Psychologie (2016) estime la vie conjugale comme une des causes cachées de la dépression post-partum:  la venue du bébé révèle et exacerbe des difficultés présentent avant la naissance de l’enfant, particulièrement les difficultés conjugales.

Et le père dans tout ça ?

De nos jours, la dépression post-partum chez les pères n’est encore que très peu explorée. Elle toucherait pourtant 10% des jeunes pères, à une époque où l’engagement paternel est de plus en plus important. Ces dépressions sont sous-diagnostiquées et ont un impact sur tous les autres membres de la famille. Les raisons de ce sous-diagnostic peuvent être multiples. Par exemple, les hommes sont moins accompagnés et informés par les professionnels pour faire face au rôle de père. De même, les hommes reconnaissent moins leurs émotions et donc tendent moins à demander de l’aide professionnelle (Winerman L., 2005). Les causes de la dépression seraient les mêmes que pour les mères. Nous retrouvons l’approche médicale qui considère  la diminution de la testostérone, due à l’arrivée du bébé, comme un facteur favorisant l’apparition de la dépression. De plus, il semblerait que les pères soient  plus enclins à développer une dépression post-partum lorsque la conjointe en fait une également. Dans ce cas, le père ne peut pas prendre le relais de la mère pour soutenir l’enfant ni faire tampon afin de diminuer les conséquences de la dépression maternelle sur l’enfant.

Qu’elles sont les conséquences de la dépression post partum ?

Nous savons que l’implication émotionnelle du parent envers l’enfant favorise le développement affectif et cognitif de l’enfant. Or, la dépression vient entraver cette fonction parentale. En effet, en cas de dépression, le parent n’est plus libre émotionnellement pour s’engager envers l’enfant et ainsi pour assurer une proximité, une prise en charge de l’enfant et des interactions avec l’enfant.

Selon le journal Paediatric and Child Health (2004), il existe deux styles de schémas d’interactions entre la mère dépressive et le nourrisson :

  • Le repli sur soi : La mère n’interagit pas avec l’enfant, et est peu affective envers l’enfant. Elle se trouve dans l’incapacité de répondre aux demandes émotionnelles de l’enfant. Elle n’arrive plus à réguler et à sécuriser le bébé. Dans ce cas, le nourrisson aura tendance à développer des comportements d’autorégulation, à se replier sur lui-même et à devenir passif.
  • L’intrusion : La mère devient intrusive en projetant le mal-être qu’elle ressent sur l’enfant, en projetant sur lui un affect de colère. L’enfant va alors, pour se protéger, avoir tendance à se détourner de la mère et à internaliser la colère.

Plus généralement, la dépression post-partum entrave le lien parent-enfant, elle empêche de créer une relation sécurisante pour l’enfant. Cette situation altère aussi le développement cognitif de l’enfant et ses capacités d’apprentissage, en raison du manque de stimulation de la part du parent et de l’affect négatif que le nourrisson a intériorisé (Singer JM, Fagen JW., 1992). Les nourrissons de mères dépressives présenteraient une faible capacité d’attention et des phases d’éveil désorganisées (Peadiat child health, 2004).

A long terme, selon Mezulis (2004),  l’enfant pourrait avoir des difficultés à développer un attachement sécurisant, il serait à risque de présenter un faible développement cognitif ainsi que de développer une psychopathologie comme une dépression ou un trouble anxieux.

Comment faire face à la dépression post-partum et ses conséquences ?

Il existe plusieurs facteurs de protection pour diminuer l’impact de la dépression post-partum sur l’enfant. Par exemple, dans le cas d’une mère dépressive, l’implication d’un père non dépressif vient amortir les conséquences de la dépression post-partum sur le développement de l’enfant (Hossain et coll.,1994). Cette implication permettrait même d’amoindrir les conséquences sur le long terme : diminution du risque d’apparition de comportements problématiques internalisés (dépression, anxiété). Cependant, les études ne montrent pas d’effet sur le risque d’apparition de comportements externalisés problématiques (crise de colère, violence, etc.). (Hami H. et ses collègues, 2004)

Ces résultats sont à modérer, car toutes les implications du père n’ont pas un effet positif sur l’enfant et il reste encore à explorer quel style d’engagement paternel est favorable dans le cas de dépression maternelle.

Du côté du parent, nous avons déjà vu que le soutien est important, autant pour prévenir l’apparition d’une dépression que pour aider à faire face à la dépression. Qu’il vienne des amis, de la famille, du conjoint ou des professionnels. L’important est la perception subjective que le parent se fait de ce soutien, s’il l’estime assez soutenant et pertinent.

Évidemment, l’aide professionnelle pour faire face à la dépression post-partum est recommandée. Une prise en charge psychologique précoce diminue le risque de conséquences sur l’enfant. Pourtant, peu de parents souffrant de dépression post-partum parlent de leurs sentiments et cherchent une aide professionnelle. Il est difficile d’exprimer de la tristesse à un moment de vie qui est présenté comme « heureux » par la société. La plupart des mères ne prennent pas conscience qu’elles font une dépression, pensant que la fatigue et l’anxiété sont normales avec un bébé.

De plus, comme pour une dépression majeure, la médicamentation est possible, mais peut être contraignante lorsqu’on désire allaiter.

Enfin, les groupes de soutien entre parents montrent également un bon effet sur la diminution de l’état dépressif.

En compléments de toutes ces possibles aides, l’article de L. Wise (2016) propose une solution nutritionnelle. Des études auraient trouvé une corrélation entre le manque de micronutriments et de minéraux et l’apparition de la dépression post-partum. Souvent, les jeunes parents ne prennent pas le temps de s’occuper de leur alimentation et ils finissent par avoir des carences. Or, la prise de certains nutriments permettrait de diminuer le risque d’apparition de la dépression post-partum et aiderait également à faire face.  Par exemple,  les résultats d’une étude montrent que les femmes qui font une dépression post-partum ont le plus bas taux de vitamine D. Il est donc recommandé de manger du poisson, des œufs et de boire du lait afin de combler des manques en vitamine D. Si vous êtes intéressés par cette approche nutritionnel, voici le lien de l’article : http://www.foxnews.com/health/2016/11/19/eating-after-baby-eating-right-to-help-ease-symptoms-postpartum-depression.html

Références

Bernard-Bonnin, AC (2004). La dépression de la mère et le développement de l’enfant. Peadiatric and Child Health, 9(8), 589-598. Repéré à https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2724171/

Canadian Mental Health  Association (2016). La dépression post-partum. Repéré à : http://www.cmha.ca/fr/mental_health/la-depression-post-partum/#.WFwR0VXhDIU

Caponi I., Horbacz C. (2007). Femme en transition : sur qui comptent-elles ? Dialogue, 175, 150. doi : 10.3917/dia.175.0115

Corcoran, P., Leahy-Warren, P., Mac Carthy, G. (2011). Postnatal Depression in First Time Mothers : Prevalence and Relationship between Fonctional and Structural Social Support at 6 and 12 WeeksPostpartum. Archive of Psychiatrie nursing, 25, 3,74-184.

E.Wiffen, V., H.Gollib, I. , H.Mount, J., M.Wallace, P. (1991). Prospective Investigation ofPostpartum Depression : Factors Involved in Onset and Recovery. Journal of Abnormal psychology, 100, 122-132

Institut national de santé publique Québec (2011). Soutien à la parentalité : santé mentale. Repéré à : https://www.inspq.qc.ca/information-perinatale/fiches/sante-mentale

Le Coq, Mélody ; Williams-Smith, Elizabeth Rose ; Meyer, Yvonne (2011). Dépression post-partum du père : rôle préventif de la sagefemme (Mémoire de bachelor, Haute école de santé Vaud). Repéré à l’URL : http://doc.rero.ch/record/28418

Mauricette C. (2010). Dépression post-partum : lorsque c’est papa qui en souffre. Naitreetgrandir. Repéré à l’URL : http://naitreetgrandir.com/fr/nouvelles/2010/01/05/20100105-depression-postpartum-papa/

Nicolson, P. (1999). Loss, Hapinness and Postpartum Depression:The Ultimate Paradox. Canadian psychologie, 40, 163-177.

S. Mauthner, N. (1991). « Feeling low and feeling really bad about feeling low » : Women’s experiences of Motherhood and pospartum depression. Canadian psychologie,40, 143-161

Société canadienne de psychologie (2009). La dépression post-partum. Repéré à : http://www.cpa.ca/lapsychologiepeutvousaider/depressionpostpartum/

Winerman, L. (2005). Helping men to help themselves. Monitor on psychology, 36, 57-59.

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À propos de l’auteure : Camille Marchand, stagiaire au CCPE.

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