Définition et application de la psychomotricité

Soizic Peignot, psychologue

Définition de la psychomotricité

La psychomotricité est une fonction de l’être humain qui intègre le psychisme et la motricité en vue de s’adapter à son environnement. Le psychomotricien a donc un regard globalisant portant sur les interactions entre :

  • Le psychisme (émotions, imagination, cognition…) et la motricité (mouvements, tonus, postures…)
  • L’individu et le monde extérieur

Enfin, la psychomotricité est une technique qui utilise le corps, l’espace et le temps dont l’objectif est de permettre à la personne d’expérimenter son corps et son environnement immédiat afin d’y agir de façon adaptée. (Delièvre& Staes ,2006)

Applications : psychomotricité fonctionnelle et relationnelle

La psychomotricité fonctionnelle vise un objectif précis et une progression déterminée, balisée par des objectifs à court, moyen et long terme. Elle est appréciée, par exemple, dans les interventions auprès d’enfants en retard de développement, présentant des troubles praxiques, ou dans les milieux scolaires. En effet, l’approche par objectifs à court, moyen et long terme permet une bonne objectivation des progrès de l’enfant. Les objectifs sont déterminés par le psychomotricien après évaluation du niveau de l’enfant.

Tout apprentissage implique une expérimentation, qui, dans le cas des enfants, implique le corps dans sa globalité. L’action psychomotrice va viser à un détachement du vécu, du concret, au profit d’une représentation abstraite. Pour ce faire, le psychomotricien va travailler sur trois niveaux : le vécu, le manipulé, le représenté.

Ex. Illustration d’une séance type de psychomotricité :

Thème : notions spatiales, distinction droite/gauche

Niveau vécu : Demander à l’enfant de frapper dans un ballon avec le pied droit ; de se placer à droite ou à gauche d’un objet, de se déplacer sur le côté de la droite vers la gauche et inversement.

Niveau manipulé : Avec une dînette, jouer à installer les couverts en mettant les couteaux toujours à droite et les fourchettes à gauche, mettre des ballons tantôt dans la caisse de droite, tantôt dans celle de gauche.

Niveau représenté : Demander à l’enfant de faire un dessin, en suivant nos instructions telles que le soleil est en haut, à droite. Le bonhomme est en bas à gauche etc.

La psychomotricité relationnelle Aucouturier s’inspire de la psychanalyse et considère que l’enfant met en scène des fantasmes d’action. Ceux-ci sont issus des expériences corporelles partagées entre le bébé et sa mère. Le rôle du psychomotricien est d’en permettre l’expression par l’aménagement d’un espace bien particulier et par une présence singulière. La psychomotricité relationnelle se focalise davantage sur les aspects émotionnels et la maturation affective. Cependant, les étapes de la séance sont les même : l’enfant passe des jeux moteurs (sauter, courir, se balancer), à des jeux symboliques et enfin à de la manipulation (pâte à modeler, constructions) et à la représentation (dessin et verbalisation de ce qui a été joué). Le psychomotricien, ici, tentera de saisir la dynamique psychique qui se cache derrière le jeu de l’enfant. Ce faisant, il en déduit quels sont ses besoins, comment il peut enrichir son jeu, l’aider à dépasser une angoisse, le rassurer ou le contenir. Le matériel choisi et l’aménagement de l’espace ont toute leur importance :

  • Les espaces de jeux moteurs et d’expression graphique/plastique sont bien distincts
  • Le matériel pour les jeux symboliques est neutre (tissus, tubes en mousses, cordes,…) pour inciter l’enfant à être créatif
  • L’enfant doit respecter trois règles répétées avant le début du jeu : respect de soi, des autres (quand il y a lieu) et ne pas casser les constructions des autres enfants.

Finalement, les deux approches ne s’excluent absolument pas. Le type d’approche dépendra essentiellement de la sensibilité du psychomotricien, de sa formation et de la problématique qui lui est proposée. La psychomotricité enrichit la pratique clinique de par le regard globalisant qu’elle propose et la part active de l’enfant dans le processus. L’ensemble de mes stages et mon expérience professionnelle m’ont permis d’intégrer le point de vue fonctionnel et relationnel. Ainsi, je sais intervenir de façon ciblée sur une problématique particulière (trouble de coordination, d’équilibre, de concentration) ou bien intervenir sur des problématiques plus affectives (angoisses, inhibition, manque de confiance en soi). Notons que les deux approches peuvent se combiner :

Exemple : Un enfant vient en consultation pour un trouble de l’attention avec hyperactivité. La mise en place d’une prise en charge incluant la psychomotricité comprendrait la mise au point des objectifs à court, moyen et longs terme suivants:

1)     Objectif à court terme : prise de conscience de soi

  • Pouvoir sentir les différents niveaux de tonus (Ex. exercices moteurs demandant un haut niveau tonique, puis relaxation, alternance entre les deux niveaux au cours d’une séance)
  • Prendre conscience de son corps ( ex. l’enfant a les yeux bandés, le psychomotricien lui fait adopter une position et lui demande de décrire la position de ses bras, de ses jambes)

2)     Objectif à moyen terme : maîtrise de soi

  • Parvenir à inhiber un mouvement ou à le transformer (ex. arrêter de courir à un signal sonore ; courir en avant puis en arrière)
  • Apprendre à rester immobile (au signal l’enfant doit rester immobile pendant un temps limité)
  • Intégrer la notion de durée (ex. travail avec un sablier, tenir en équilibre le plus longtemps possible)

3)     Objectif à long terme : connaissance de soi

  • S’approprier un moyen efficace de détente (ex. relaxation active, exercices de respiration)
  • Savoir reconnaître son état émotionnel et l’associer avec son vécu corporel (demander à l’enfant d’associer une émotion à une posture ou un mouvement)
  • Apprendre à organiser son temps (ex. choisir le temps consacré à chaque activité dans une séance, selon son humeur, sa fatigue…)

Par la suite, les séances seront organisées selon ces objectifs et comprendront les trois niveaux d’intervention (vécu, manipulé, représenté).

En dehors de ces objectifs, l’insertion de séances de psychomotricité relationnelle peut permettre d’intervenir sur une composante éventuellement plus émotionnelle de la problématique. Dans le jeu libre, l’enfant bénéficiera d’un cadre différent, laissant une marge d’expression plus grande pour ses fantasmes et/ou ses angoisses éventuelles.

Ainsi, la psychomotricité c’est :

  • S’ajuster au niveau de l’enfant, en lui proposant des exercices adaptés à son niveau, soit un bon équilibre entre le niveau de l’enfant et la difficulté de la tâche. L’exercice doit comporter un minimum de défis pour stimuler l’enfant sans pour autant le décourager.
  • Susciter la motivation en proposant des thèmes attractifs ou lui laisser en choisir un
  • Être créatif pour rendre la séance attractive et gaie (originalité du matériel, mouvements amusants…)
  • Valoriser l’enfant en reconnaissant les progrès et les efforts davantage que la performance
  • Prendre en compte les besoins affectifs de l’enfant en verbalisant ses états émotionnels, l’accompagner par une attitude bienveillante et sécurisante,
  • Accompagner l’enfant dans un processus de maturation cognitive et affective, du vécu à la représentation

Enfin, la psychomotricité est une ressource précieuse qui permet l’instauration d’une relation positive et sécurisante. En effet, quelle que soit l’approche, le plaisir de l’enfant dans les jeux et dans sa relation avec le professionnel est primordial. La psychomotricité propose un temps et un espace pour l’expression corporelle, l’expression fantasmatique et la conscience de soi. Intégrée à la prise en charge psychologique, elle permet :

  • La prise en compte de la dimension corporelle
  • L’expérimentation, et donc l’augmentation du sentiment de compétence et de confiance en soi
  • L’objectivation des compétences acquises par la détermination d’objectifs adaptés
  • Une approche ludique centrée sur l’enfant et ses besoins

Cet article rédigé initialement le 21 juillet 2014 a fait l’objet de quelques modifications en date du 21 avril 2016.

Références :

  • Aucouturier,B. (2005). La méthode Aucouturier, Fantasmes d’actions et pratiques psychomotrices. Bruxelles : de Boeck.
  • Delièvre,B., Staes,L. (2006). La psychomotricité au service de l’enfant. Bruxelles (de Boeck).

_______________________________

À propos de l’auteure: Soizic Peignot, M.Psy., est psychologue au CCPE et offre des services d’évaluation et de suivi aux enfants

, , , , , , , ,

6 réponses à Définition et application de la psychomotricité

  1. Marchand Camille 21 octobre 2015 à 12 h 12 #

    bonjour,

    J’écris à nouveau car je trouve votre article réellement intéressant!

    Cette approche peut elle aussi s’appliquer au près d’individus souffrant d’anorexie?
    Elle permettrait une prise de conscience du soi et de son corps qui est altérée dans cette maladie.

  2. Marchand Camille 21 octobre 2015 à 12 h 05 #

    Bonjour,

    merci pour cet article. C’est très intéressant de découvrir la psychomotricité car elle est peu abordée en cours de psychologie à l’Université.

    Cette approche convient-elle avec des enfants ayant un trouble autistique?
    Etant donné que ce sont des enfants qui ont parfois une maladresse motrice, des stérétypies motrices (répétition d’un même geste, comme le fait de bouger les mains), des enfant qui ont des difficultés à produire des jeux symboliques/ à exprimer le fantasme…la psychomotricité relationnelle me parait intéressante pour aider ses enfants dans leur développement.

    • Abir Farhat 30 décembre 2015 à 10 h 03 #

      Bonjour ,
      je suis etudiante en 1 ere annee psychomotricité
      Nous sommes encore entrain d etudier les cas normaux mais les profs nous ont informés qu il est possible de travailler avec des enfants souffrant d un trouble autistique .

      • camille 14 novembre 2016 à 11 h 05 #

        bonjour,
        merci pour ta réponse. En dessous, une psychomotricienne confirme ton information. Merci!

    • Roxane 8 février 2016 à 18 h 25 #

      Bonjour,
      je suis moi même psychomoricienne et il est tout à fait possible, voire très intéressant daccoppagner’les enfants porteurs d’autisme. Pour les aider à réduire leur anxiété, à entrer peu à peu dans une forme de relation, à comprendre leurs mouvements et tenter de les amener à un mieux etre.

      • camille 14 novembre 2016 à 11 h 04 #

        merci pour votre réponse!

Laisser un commentaire